Rêves d'univers

Commande de l'Etat et du Département de la Réunion en collaboration avec l'astrophysicien Jean-Pierre Luminet.

ART et SCIENCE, deux façons de percevoir le monde

Par Anne-Marie Pochat-Le Roy

Passionnée depuis ma jeunesse par les théories de la physique et par la biologie, j’ai toujours recherché, au-delà des concepts, l’émotion et le rêve dans la contemplation des mondes extraordinaires décrits par les scientifiques.  Les sciences sont une source inépuisable d’inspiration artistique.

 

La science produit des théories et des concepts qui nous fournissent des outils pour expliquer le monde (de notre point de vue d’être humain). Les œuvres d’art sont, elles, la manifestation d’une perception du monde due à des sens que je qualifierai de « psychiques » et qu’il serait difficile de définir sans les réduire.

 

Je ne peux être en accord avec moi-même dans ma perception de l’univers qu’en intégrant dans ma conscience les informations scientifiques et celles, « intuitives », de l’artiste.

 

Les théories et expériences  ne permettront pas à notre cerveau d’être humain limité par sa propre capacité d’organisation et sa matière, de se « figurer » l’univers en dehors de lui même. Nous sommes le centre de notre expérimentation et de la sphère de nos limites. Il nous faut avouer le fait que nos descriptions du monde ne seront jamais objectives puisque nous sommes à l’intérieur de ce monde. Les descriptions peuvent s’empiler le long des rayons de cette sphère d’observation. Et finir par la remplir ; mais chaque rayon reste une horizontale en soi. Et nous créons un monde à nous…

 

La perception artistique produit, elle, des instantanés des mystères de l’univers : ils sont vrais tant qu’on les regarde, l’instant d’après ils peuvent s’être échappés du réel, c'est-à-dire de notre attention. Ils échappent aux rayons horizontaux du savoir intellectuel; ils font entrevoir une connaissance d’un archétype inusuel…

La science propose une architecture de l’univers ; elle produit une construction stable qui permet au monde, notre monde, de fonctionner comme il fonctionne : En ligne droite dans sa conquête de l’espace.

L’art produit des formes mais n’est jamais retenu dans ces formes car son essence est la liberté. Il procède d’un envol de l’âme en dehors de l’espace ; il conquiert le temps. Pour moi, ces deux manières de percevoir le monde sont intimement liées. Les sciences évoluent dans un monde où la connaissance « objective » des choses et donc leur observation, est tournée vers l’extérieur de l’observateur, vers l’expansion matérielle. L’art évolue en centralisant vers le cosmos intérieur.

 

Je ne peux m’empêcher de présager un futur où la dichotomie entre la science et l’art aura disparu. L’homme aura fini par être dans la plénitude de tous ses degrés d’être et toute pensée, toute action visera un but commun : aller toujours plus loin, toujours plus haut, et toujours plus profond..

 

L’œuvre d’art est le produit d’une perception particulière de l’espace, d’une vision au-delà des sens. L’artiste transforme la matière, sculpte l’espace, interprète l’univers et lui donne un sens. Toute l’histoire de l’art se résume à cette quête de sens.

 

L’artiste a un besoin vital de chercher et trouver un sens à ce qu’il contemple, à ce qu’il ressent. C’est le moteur de la création. Le savoir est le moteur de la science. Mais plus j’augmente mes connaissances, donc plus j’agrandis mon champ de perception, plus j’enrichis mes émotions et plus le besoin de créer est impérieux. 

L’art n’est pas discursif ; c’est une posture de réception, d’assimilation, et d’action sur la matière pour rendre compte d’un instant d’harmonie.

 

Le monde s’accorde à dire que la révolution du 21ème siècle est représentée par la sophistication de la communication, les datas et la robotique… Une plus silencieuse est la révolution de la physique : Bosons de Higgs , trous noirs, et ondes gravitationnelles enfin détectées nous préparent à un nouveau paradigme sur l’homme et l’univers.

 

Je ne peux que m’émerveiller et créer, en plongeant corps et âme au sein de concepts fondamentaux pouvant paraître étranges et mystérieux car asymptotiques de l’ultime questionnement existentiel et créer ma part d’interprétation au delà du savoir…La rumeur merveilleuse et ancienne montant des champs les plus profonds de l’univers, me berce alors et me pousse à créer.

« Le progrès est le moteur de la science, l’idéal est le générateur de l’art » Victor Hugo

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